La guerre des pierres
La situation s’est tendue au cours des dernières semaines dans la région de Jayyous, en Cisjordanie. Les soldats israéliens ont effectué plusieurs brèves incursions dans le village provoquant la colère des habitants. De nombreux jeunes réagissent à ces opérations en jetant des pierres sur les véhicules de l’armée, au risque d’être blessés. C’est notre manière de lutter contre l’occupation. Les pierres sont nos seules armes. Nous n’avons pas de fusils comme les soldats, explique Mohammed, 18 ans, aux volontaires de EAPPI qui résident à Jayyous.
Il est 22h00 ce jeudi 7 décembre. Quelques heures auparavant, les soldats ont débarqué dans le village, d’environ 4000 habitants, situé à une quinzaine de kilomètres de Qalqilya (nord-ouest de la Cisjordanie). Trois jeeps se sont dirigées vers la mosquée. Les militaires ont fait usage de leurs armes en tirant des bombes sonores. Un jeune homme a été blessé à la jambe.
Pure provocation
Cette opération de pure provocation de Tsahal, selon les termes des Jayyousis, est la dernière en date. Les militaires ont fait irruption à plusieurs reprises dans le village durant le mois de novembre terrorisant une partie des habitants, en particulier les enfants. A chaque fois, des jeunes gens ont joué au jeu du chat et de la souris avec les soldats et lancé des pierres sur les jeeps israéliennes. Tamer, 20 ans, dit exprimer ainsi sa colère et ses frustrations. L’un de ses frères a été arrêté par l’armée au début de l’année. Sans travail, il dépeint son futur en noir. Il vient d’entamer, sans guère d’illusions, des démarches pour obtenir des autorités israéliennes un nouveau permis afin de pouvoir travailler sur ses terres. Rappelons que plus de 70% des terrains de Jayyous ont été annexées par Israël pour construire la barrière de séparation. Ce Mur de la honte, comme l’appellent les Palestiniens, mord en plusieurs endroits la Ligne verte, ”frontière” entre l’Etat hébreu et la Cisjordanie.
David contre Goliath
Ce combat de David contre Goliath, des pierres contre les balles (qu’elles soient réelles ou en caoutchouc), préoccupe les adultes. Bilal, professeur d’anglais à l’école pour garçons de Jayyous, explique qu’il en parle avec les enfants et essaie de leur faire comprendre le danger qu’ils encourent. Certains enfants ne font toutefois pas la différence entre la réalité et le monde virtuel des jeux vidéos auxquels ils s’adonnent, relève-t-il. Dans la rue, alors que les soldats, à l’intérieur de leur jeep, sont protégés par d’épaisses vitres, les jeunes lanceurs de pierre, sans gilet pare-balle, peuvent facilement être touchés par un projectile israélien.
Ihab, un jeune enseignant en informatique qui travaille dans le village voisin de Azzoun, aborde également la question avec ses élèves. Il essaie de leur montrer qu’il existe d’autres moyens d’exprimer sa colère. Le sport et le dessin, pour ne citer que ces deux activités, peuvent servir à canaliser la violence que les enfants et les adolescents développent face aux injustices quotidiennes subies par la population palestinienne. Mais la tâche n’est pas facile, reconnaît l’enseignant. Les jeunes ne peuvent pas être placés sous surveillance 24 heures sur 24.
Faire mal
Parlant de la situation dans la bande de Gaza, Anis Gandeel, cordinateur de l’organisation Enfants refugiés du monde, explique que pour beaucoup d’enfants palestiniens, l’avenir, c’est de faire mal à celui qui m’a fait mal comme le dit un proverbe. L’Israélien est percu comme l’agresseur, l’ennemi, celui qui détruit leur vie, qui humilie leur père au checkpoint en le forcant, par exemple, à se mettre en slip. Après, ils ne pensent plus qu’à la vengeance. C’est très difficile de dépasser cela, relève-t-il dans un entretien publié en juin 2002 par le quotidien francais L’Humanité.
Jayyous, le 13 décembre 2007


