Mur de séparation entre Israël et Palestine
Avant de vous parler du Mur proprement dit, un petit rappel historique est nécessaire.
En 1947, l’Organisation des Nations Unies (ONU) avait prévu, lors du retrait des Anglais de Palestine, la création de 2 états indépendants : un arabe et un juif avec une zone neutre sous contrôle international pour la ville de Jérusalem. Ce plan n’a malheureusement jamais pu se réaliser.
En 1948, Israël déclare son indépendance. En mai 1948 commence la première guerre israëlo-arabe qui voit l’occupation par Israël du désert du Néguev et de territoires arabes et l’exode en masse de ces derniers (Nakbah)vers la Jordanie et la Syrie principalement. Les premiers camps de réfugiés voient alors le jour.
A fin 1949, l’assemblée générale de l’ONU fait voter un accord d’armistice et détermine une ligne verte, ligne de frontière entre Israël et la Cisjordanie qui deviendra plus tard, avec la bande de Gaza, la Palestine.
En 1967, lors de la Guerre de Six Jours, Israël ocupe la Cisjordanie, Jérusalem Est, la bande de Gaza et le plateau du Golan en Syrie. Cette occupation se poursuit à ce jour, à l’exception de la bande de Gaza, malgré une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU enjoignant à Israël de libérer ces territoires.
Commence alors la construction de colonies juives illégales en Cisjordanie .
En 2002, le gouvernement israëlien ordonne la construction d’une barrière de sécurité qui est plutôt un mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie. Le problème ne réside pas dans le principe de cette construction, car Israël a le droit de se protéger, mais dans le tracé retenu. En effet ce mur ne respecte pas la ligne verte d’armistice et pénètre plus à l’est en territoire palestinien. Le but non avoué est de protéger les colonies construites illégalement à l’est de la ligne verte en les encerclant. Un vaste réseau de routes en bon état permet aux colons de se rendre directement en Israël. Ces routes ne sont évidemment pas accessibles aux non Israëliens. En 2004 la Cour Internationale de Justice a déclaré le tracé illégal mais Israël n’en a pas tenu compte. La zone comprise entre la ligne verte et le mur de séparation a été déterminée zone interdite d’accès sans permis et seuls les habitants de ces zones bénéficiant d’un permis peuvent y entrer et sortir.
A fin 2007 ce mur de séparation atteignait une longueur de 409 km., ce qui reprèsente 56 % de la longueur totale prévue. Lorsque les 722 km prévus seront construits, 9.5 % du territoire de la Cisjordanie se retrouvera isolé et fermé d’accès pour les non habitants et les habitants qui ne bénéficient pas d’un permis pour entrer et sortir. Actuellement sur les 67 villes ou villages situés au Nord de la Palestine, 15 se retrouvent déjà enfermés entre la ligne verte et le mur. Comme les points de passage avec contrôle des permis (checkpoints) ne sont ouverts que la journée, l’accès aux hôpitaux par exemple n’est pas possible la nuit et les femmes enceintes d
oivent habiter en dehors de ces zones à la fin de la grossesse, en prévison de l’accouchement
En fait ce mur de séparation est constitué soit:
1) en zone urbaine sutout, par un mur en béton constitué de plaques de 8 à 12 m. de haut apposées les unes contre les autres avec des miradors tous les 250 m (Cf.photo prise le 20.03.08 à Qalqiliya, ville proche de Jayyous)
2) en zone agricole surtout, par une barrière électrifiée métallique de 4 à 5 m. de haut avec une route interdite la longeant , entourée de chaque côté par
des fils de fer barbelés.( Cf photo prise le 12.03.08 à Jayyous )
Pour vous donner un exemple plus précis, le domaine agricole de Jayyous, village où je me trouve, est situé sur 6 km à l’est de la ligne verte d’armistice mais se retrouve coupé en 2 par la barrière de sécurité. Rien que pour la construction de cette barrière, 83.000 oliviers ont dû être arrachés par les bulldozers.
Le long de cette barrière court une magnifique route goudronnée accessible seulement aux véhicules militaires(Cf photo prise le 24.03.08 depuis le toit de la mairie de Jayyous). La colonie la plus proche de Jayyous, Zufin, se trouve à 4 km du village de l’autre côté de la barrière. Les paysans, pour se rendre à leurs champs situés de l’autre côté de la barrière, doivent passer par des portails agricoles ouverts seulement à certaines heures de la journée et pour le passage desquels les paysans ont besoin d’un permis qui est délivré ou retiré sans aucune logique. Le domaine agricole est constitué par des oliviers, des orangers et citronniers, des serres avec culture de légumes et des puits d’eau.
L’une de nos tâches consiste à se rendre à l’ouverture très matinale de ces portails agricoles : i l y en a 2 à Jayyous et 1 à Falamylia, village proche. Nous devons reporter si l’heure d’ouverture est conforme, si le contrôle des permis se déroule sans tracasseries et noter combien de personnes, animaux et tracteurs passent . Nos rapports sont destinés à notre organisation centrale à Jérusalem qui les transmet à plusieurs organismes internationaux, entre autres à l’Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (UNOCHA). Je dois avouer que j’ai quelque peine à compter à 6 h00 le matin, après ¾ d’heure de marche,
combien de moutons et de chèvres passent devant moi mais je ne pense pas qu’un de plus ou de moins reporté va changer grand chose à la situation politique.
Comme moi, vous aurez beaucoup de plaisir à admirer avec quelle patience ce vieil homme, son âne et son mouton attendent l’ouverture du portail sud de Jayyous le 11.03.08. On a quand même de la peine à imaginer qu’il puisse être un terroriste puisqu’il s’agit d’une barrière dite de «sécurité» .
Jayyous, le 28.03.2008


