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6.04.08 14:20 Age: 230 days

Occupation militaire à domicile pendant 17 heures

By: Angèle Fornerod, EA Suisse

 

Le 26.03.2008,  notre groupe de EA à Jayyous s’est rendu, à la demande de voisins, rendre visite à une famille résidant à Azzoun, petite ville éloignée seulement de 5 km de Jayyous dans la direction de Qalqilya,  au nord ouest de la Cisjordanie. Nous étions accompagnés d’un coordinateur palestinien d’un Mouvement de Solidarité Internationale (ISM), Abdullah, et d’un membre,  palestinien lui aussi,  d’une organisation pour les droits humains à Jérusalem, Rahed Jama. Tous deux ont pu nous traduire les propos tenus en arabe par la famille visitée.

Il faut préciser qu’Azzoun a une position stratègique au carrefour de routes venant des 4 points cardinaux et se trouve à 1 Km. de la prolongation prévue de la barrière de séparation.Ceci explique pourquoi ces derniers mois cette ville est l’objet de nombreuses incursions militaires diurnes et nocturnes, de couvre-feux, d’occupations et de démolitions de maisons ainsi que d’arrestations.

Le récit de la famille rencontrée donne un bon reflet de ce qui arrive malheureusement régulièrement dans les territoires palestiniens occupés.

Selon l’un des habitants, Esam Abdellatif Hamdan Ramdan, les soldats israëliens, au nombre qu’il estime de 20, et arrivés à pied pour ne pas être remarqués, sont entrés dans sa maison de force le 25.03. à 2h.30 du matin alors qu’il sortait pour se rendre à son travail dans une boulangerie (Cf.photo de sa maison ). Les soldats lui ont alors demandé combien d’habitants et de pièces comportait l’habitation .

Ils ont ensuite réveillé et forcé les 11 membres de la famille à se retrancher dans une seule chambre que nous avons vue et dont nous estimons la surface à 12 m2 (Cf .photo). Parmi les membres de la famille bloqués dans cette pièce, se trouvaient 3 femmes dont 1 enceinte de 5 mois, 5 enfants âgés de 5 mois, 2 ½, 4, 13 et 16 ans ainsi que le grand-père de 83 ans. Les soldats ont demandé de faire en sorte que le bébé ne pleure pas. La porte de la chambre est restée ouverte avec 2 soldats de piquet devant. Ils ont recouvert toutes les fenêtres de couvertures pour ne pas être vus par les voisins . A 8h30 la famille a eu le droit d’utiliser les toilettes et de cuire de l’eau. Les soldats ont mangé et ont dormi la plupart du temps, même ceux qui gardaient la porte de la chambre. Juste avant 19h30, soit après 17 heures d’occupation, les soldats ont annoncé qu’ils partiraient dans 10 minutes et que la famille pouvait sortir de la chambre seulement 10 minutes après leur départ à moins d’être arrêtés. Ils sont alors repartis dans des véhicules militaires.

A notre demande, la famille nous a répondu que les soldats n’avaient pas donné de raison à leur venue mais ont dit qu’ils «avaient des ordres». Pour seul document,  ils avaient un plan de la ville d’Azzoun. Avant d’entrer dans cette maison, ils avaient essayé de forcer l’entrée d’une autre mais ont changé d’idée quand ils ont vu le boulanger ouvrir sa porte pour se rendre à son travail et ont profité pour faire irruption chez lui .

Un couvre-feu a été instauré dés 8h30 ce même jour à Azzoun,  ce qui fait qu’aucun voisin n’a pu intervenir.

Comme toujours, quand vous vous rendez chez une famille palestinienne, nous étions assis en cercle entourés d’au minimum une dizaine d’auditeurs avec cafés, thés, jus de fruits et sucreries mis chaleureusement  à notre disposition. Pendant ce récit, nous admirions l’attitude calme, digne et résignée des membres de cette famille. Nous n’avions dans notre groupe d’internationaux pas la même réaction et nous étions abasourdis, gênés et gagnés par un monstre sentiment d’impuissance par ce récit . La seule maigre consolation que nous avons pu donner avant de prendre congé, c’est que nous allions faire un rapport complet avec leur récit pour qu’un maximum de personnes soient informées.

Personnellement,  je n’oublierai pas de sitôt le regard effaré de la petite fille que vous pouvez apercevoir sur la photo. Je n’ose pas penser aux conséquences psychologiques que de tels événements vont laisser sur toute une génération.