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Nouvelles
17.11.07 13:56 Il y a: 296 days

LETTRE n° 4, "Faut-il brûler tous nos livres ?"

Auteur : Danielle Vergniol

 

C’est la question que je me pose souvent quand je vois l’utilisation qui est faite de nos si beaux textes bibliques, comme des textes coraniques sans doute, ou autres…

Pourtant je me sens particulièrement inspirée par la lecture quotidienne selon la liste de la Fédération Protestante. En ce moment, l’épître de Jacques, dont j’ai particulièrement retenu le début du chapitre 3 : la langue est un petit membre et elle se vante de grandes choses… toutes les espèces de bêtes ont été domptés par la nature humaine ; mais la langue, aucun homme ne peut la dompter ; c’est un mal qu’on ne peut réprimer ; elle est pleine d’un venin mortel. Par elle nous bénissons le Seigneur notre Père, et par elle nous maudissons les hommes faits à l’image de Dieu.

C’est la contradiction que je vis actuellement : nourrie de la Parole et l’entendant bafouée de tous côtés.

Ce qui me réjouit : la découverte quotidienne d’associations, de taille souvent microscopique, mais qui ont l’avantage d’être créées par des Palestiniens et Israéliens ensemble. La dernière en date : « the 5th mom » (la 5ème mère) ; ce mouvement donne la parole aux femmes et aux mères qui proclament : « La guerre n’est pas notre langue ! Notre langue, c’est le dialogue, la médiation et la compassion ! ». De manière concrète, cette association organise entre autres choses le don de sang entre Juifs et Arabes pour exprimer cette foi : « Le même sang coule dans nos veines, nous sommes tous humains, tous égaux, nous avons les mêmes rêves, les mêmes aspirations, nous valons tous la peine de vivre notre vie ».

Ce qui m’attriste : entendre un jeune Palestinien de 25 ans qui mène une vie difficile, certes, à quelques pas de son village de naissance, détruit parce qu’il était à l’emplacement d’une ville qui a été florissante entre le 4ème et le 9ème siècle et où l’on a mis à jour une superbe synagogue. Maintenant sa famille, lui-même, sa jeune femme de 17 ans, leur bébé de 3 mois, son frère avec sa femme et leurs 3 enfants, sa sœur de 21 ans, son neveu de 14 ans, son père et sa mère (65 et 59 ans), vivent sous des tentes, autour d’un puits, éclairés le soir grâce à un générateur donné par un ami israélien, avec leurs moutons et leurs chèvres, leurs champs d’oliviers constamment menacés par les implantations récentes. Oui, leur vie est dure et leur avenir incertain et que ça m’a fait mal de l’entendre « féliciter » mon collègue Allemand pour « Hitler qui a tué les Juifs »…

 

Ce qui me réjouit : Un matin, les soldats du check point sont « rigolards », ils plaisantent avec tout le monde, me demandent si ça m’amuse de rester à regarder les gens passer, je leur retourne la question mais il y a trop de monde pour vraiment engager la conversation. Apparemment ils connaissent certains des gens qui passent et serrent même la main au gardien de l’école qui passe avec un ouvrier et le leur présente. Des enfants qui passent en mangeant leur offrent des chips. Ils nous demandent d’où nous venons, ils nous racontent où sont leurs familles, leur fiancée, ils nous disent combien de mois il leur reste à faire et combien ils seront contents de pouvoir enfin commencer à vivre… Parfois, ils ont déjà rencontré Michael ou tel autre de ces vétérans de l’association « Breaking the Silence » qui essaient de faire comprendre à leurs concitoyens et surtout aux jeunes, futurs soldats, ce qu’on leur fait faire.

Ce qui m’attriste : un dépliant intitulé « Inégalité et discrimination à Hébron », à l’usage des riches Américains qui pourraient donner des subsides. On y lit que les « Palestiniens sont encouragés dans leurs actions terroristes par toutes sortes d’organisations étrangères comme par exemple les accompagnateurs œcuméniques ». On y lit aussi un mensonge par paragraphe, mais que l’on ne peut constater que si l’on vit ici, comme par exemple le fait que la mosquée « est rénovée de manière somptueuse » alors que « la synagogue n’est qu’une pauvre tente » (de fait, les deux parties du bâtiment font partie du programme du Comité de Réhabilitation d’Hébron).

Ce qui me réjouit : assister à l’inauguration de l’école avec laquelle nous travaillons chaque jour. Cette école a été endommagée par un début d’incendie volontaire en août dernier. La volonté de sa directrice et le travail matériel et financier conjoint de la Croix Rouge Internationale et du Croissant Rouge Palestinien ont permis, en quelques semaines, de redonner un aspect pimpant à l’établissement. Les portes ont été renforcées, la cour a été repavée, un jardin fleuri agrémente l’entrée. Les enfants, environ 120 (contre 90 l’an passé et la directrice dit que c’est grâce au sentiment de sécurité donné par la présence des patrouilleurs internationaux), ont chanté et applaudi tous les discours et, comme c’était la veille de la fête nationale palestinienne, cela leur a fait un jour de congé supplémentaire !

Ce qui m’attriste : de patrouiller le long d’une rue morte où, d’un côté, des petits Palestiniens montent un escalier pour se rendre à l’école palestinienne, de l’autre côté des petits Israéliens descendent un escalier pour se rendre à l’école israélienne. Et il faut un poste militaire et une voiture de police chaque matin, chaque midi, pour garantir la sécurité… la sécurité de qui ? C’est selon, mais chacun étant persuadé que l’autre veut sa disparition…

Ce qui me réjouit… Pardonnez-moi, mais depuis le début de cette lettre, force m’est de constater que je trouve plus facilement des sujets de tristesse que des sujets de joie. Et on ne peut pas dire que l’espoir soit en train de renaître à l’écoute des médias internationaux intéressés par Annapolis… Je peux confirmer que, malheureusement, personne n’y croit, et la paix reste du domaine du rêve pour beaucoup. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas essayer et de cela aussi, beaucoup sont convaincus. Mais tant qu’il restera tant de gens, d’un côté comme de l’autre pour dire tout haut : ceux d’en face ne comprennent que le langage des armes, non, il n’y aura vraiment aucune raison de se réjouir ni même d’espérer.

Prions sans cesse… Finalement je n’ai pas envie de brûler le livre où il est écrit : « le fruit de la justice est semé dans la paix par ceux qui recherchent la paix… approchez-vous de Dieu » (Epître de Jacques).
 

Précautions
Je travaille pour la Fédération protestante de France en tant qu’accompagnatrice œcuménique, pour le Conseil Œcuménique des Eglises dans le cadre du Programme d’Accompagnement Œcuménique en Palestine et Israël (EAPPI). Les points de vue exprimés ici sont personnels et ne reflètent pas nécessairement ceux de mon employeur ou du COE. Si vous souhaitez publier les informations contenues dans cet article ou les faire suivre, veuillez d’abord contacter la coordination EAPPI (eappi-pc (at) jrol.com) pour obtenir l’autorisation. Merci.