La gauche minoritaire en Israël et émergence d'une contradiction suite à la guerre au Liban
Cet article se base notamment sur mon expérience vécue Jérusalem lors de la guerre du Liban ainsi que sur différentes interviews menées dans ce cadre.
Dans une ville telle que Jérusalem réputée pour être plus droite que Tel Aviv, avoir des opinions opposées au courant majoritaire conduit une forme d'exclusion ou de marginalisation. Ces situations sont vécues constamment par les activistes Israélien-nes qui dénoncent l'occupation illégale d'Israël en Cisjordanie ou par ceux qui affichent leur désaccord face la récente guerre au Liban qui a eu pour conséquences, entre autres, la mort de plus d'un millier de civils dont un tiers d’enfants (plus de mille du côté libanais, et environ 40 du côté israélien)Amnesty International, “Civilians’ lives shattered in Lebanon and in Israel”, document du 1er septembre 2006.. Cet article essaie de retracer, sans être exhaustif, un mouvement pour la paix, complexe, animé par celles et ceux qui ont évolué dans un milieu sioniste. La guerre au Liban a eu pour conséquence de les conduire un isolement encore plus important.
La première action menée par les activistes de Coalition of Women for PeaceCoalition of Women for Peace inclut 9 organisations féministes (dont Women in Black) ainsi que des femmes indépendantes en faveur de la paix. Cette organisation est composée d’autant de femmes juives que palestiniennes, toutes citoyennes d’Israël., contre la guerre au Liban,remonte l’époque où le Hezbollah, en réponse au bombardement du sud Liban par Israël, a lancé les premières roquettes touchant de plein fouet un dépôt de train Haïfa Rappelons que le Hezbollah avait auparavant enlevé deux soldats israéliens.. Immédiatement, les Israéliens se sont insurgés contre la manière dont le Hezbollah s’en est pris la population civile et ont clamé leur gouvernement répondre, leur tour, le plus violemment possible. La presse locale n’a alors pas manqué de couvrir ces événements et les activistes Haïfa y ont vu le moment le plus opportun pour se profiler devant le monde entier et montrer leur refus face la guerre naissante. Or, les seuls médias avoir diffusé les images de ces femmes brandissant des panneaux dénonçant la guerre ont été les médias internationaux et non la presse israélienne, pas même Haaretz, un quotidien situé gauche. C'est ainsi qu'est apparu le mouvement Women against the War, issu lui-même du mouvement Women in BlackWomen in Black tient une veille tous les vendredis de 13h 14h pour dénoncer l’occupation illégale en Cisjordanie. Ayant débuté Jérusalem en 1995 un carrefour très fréquenté, Paris Square, cette veille s’est ensuite répandue dans tout Israël. Elle a lieu, de nos jours, simultanément dans le monde entier.. Protestant contre la guerre du Liban, les Women against the War se sont engagées changer l'opinion publique tout en suivant une ligne très claire: la violence politique ne résout rien. Pour des femmes qui osent depuis plus de vingt ans se tenir en public et protester sous une forme silencieuse contre l'occupation, elles ont intégré dans leur discours, pour le temps d'une guerre, leur désaccord avec des slogans « Stop the War », « Start the negociations ». S'il y a vingt ans, se montrer en public en tant que femme dans une société traditionnelle israélienne, leur valait des insultes comme « prostituées » ou « vous n'avez pas eu assez de sexe », « rentre chez toi et nourrit ton mari », le niveau de langage a pris un aspect aujourd'hui plus politisé. Désormais, on accepte leur statut de femme activiste, mais on critique leur opinion politique en les qualifiant de « traîtres » ou encore de « juives antisémites ». De même, les manifestations contre la guerre ont ouvert la brèche, selon Gila Svirsky, une activiste Israélienne de Women in Black Gila Svirsky, d’origine américaine, est venue seule en Israël lorsqu’elle était adolescente. Elle a rejoint les Women in Black trois semaines après sa création en 1995., des critiques plus acérées et plus violentes que celles des prostituées, comme par exemple : « J'espère que toute ta famille Nahariya va périr pendant la guerre aussi! » Nahariya se situe au nord d’Israël.
Si, pour Gila Svirsky, il est plus aisé de montrer ses opinions politiques en public, il est plus difficile d'en faire part dans le cercle privé qu'elle essaie de protéger. C'est aussi le cas d’Efrat Ben-Zeev qui elle, a choisi d'avoir une profession qui ne l’implique pas trop sur le plan social Efrat Ben-Zeev, vient d’une famille bien établie Jérusalem, parmi celles qui étaient pionnières en Israël. Elle a rejoint Ta’ayush en 2002.. Professeur d'anthropologie l’université, elle a délibérément décidé de s’en tenir au niveau du Bachelor. Se qualifiant de pro-Palestinienne, elle est néanmoins très active dans l'organisation Ta’ayush dont le nom signifie « vivre ensemble ». Réunissant Arabes et Juifs, tous citoyens d'Israël, cette organisation prend racine dans la répression d’octobre 2000 en Galilée et insiste sur le partenariat pour briser les murs du « racisme et de la ségrégation » C’est ainsi que se définit Ta’ayush.. Plus impliquée dans des convois humanitaires, Efrat Ben-Zeev a choisi d'avoir une vie plus discrète. Lorsqu'elle mentionne le nom de l'organisation avec l'accent arabe, elle admet que c'est plutôt mal accepté par son entourage. Pour ces deux Israéliennes, comme pour d’autres, qui ont choisi d'aller l'encontre du courant majoritaire, il est difficile d'exprimer leurs opinions avec leurs amis ou famille. Pour certains, une certaine forme de discrimination est vécue dans le milieu professionnel. Efrat Ben-Zeev relate l'éxpérience d’un de ses amis Israélien, lecteur dans une des universités les plus prestigieuses d'Israël. Ce dernier s'est vu refusé le renouvellement d'un atelier sur le conflit israélo-palestinien qu'il avait donné auparavant des diplomates étrangers. Bien que très apprécié par ces derniers, son cours a été jugé « trop » gauchiste par un donateur d'origine juivePour des raisons de protection de données, il n’est pas possible de donner plus de détails sur le nom de l’université ainsi que sur la nationalité des diplomates..
Cependant, la deuxième guerre au Liban a aussi creusé un certain malaise parmi la gauche israélienne. L‘organisation Peace Now, créée en 1978, bien qu'elle aspire une paix entre Israël et la Palestine, défend avec ferveur le sionisme. Contradiction ou ambiguïté? Soutenant la solution des deux Etats, Peace Now lutte contre les colonies en Cisjordanie et Jérusalem Est, et bien qu’elle soutienne la Barrière de Séparation. Jusqu' présent, cette organisation était opposée aux guerres menées par l’Etat d’Israël mais cette fois-ci, pour elle, c'en était trop. D’une part, elle est revenue sur ses positions pour défendre le droit d'Israël répondre aux « attaques du Hezbollah et d’autant plus si c’est une attaque sur son territoire » Déclaration de Peace Now, “What did we learn from the war”, août 2006. Israël a donc toute la légitimité pour réagir. D’autre part, Peace Now est d’avis que s'embourber dans un conflit avec le Liban n'est pas dans l’intérêt d’Israël. C'est pourquoi, sa position est de trouver une solution politique travers une action politique. Pourtant, juste avant le cessez-le-feu et contre toute attente, Peace Now a lancé une manifestation Tel Aviv contre la guerre qui a rassemblé très peu de personnes, alors que tous les samedis durant la guerre, des milliers de personnes ont participé, dans la même ville, aux manifestations organisées par les autres mouvements de gauche.
Si la situation est déj précaire pour certains de ces activistes Israéliens, elle risque de l'être encore plus après la guerre au Liban. L'échec d'Israël est en train de mener une radicalisation de la droite et une cristallisation de l'opinion en ce qui concerne la Cisjordanie. Les nombreuses critiques sur les failles sur la gestion de la guerre par le Premier Ministre Ehud Olmert reflètent une position encore plus tranchée et le recours des moyens plus musclés. Si, avant la récente guerre au Liban, les deux tiers des Israéliens étaient d’accord pour le retrait d’Israël en Cisjordanie, les espoirs s’amenuisent maintenant comme une peau de chagrin. Pour les activistes Israéliens, la campagne contre l’occupation devient bien plus ardue suite au désengagement de Gaza et le retrait du Liban. L'opinion publique stagne dans un discours « nous avons quitté Gaza, et ils nous tirent dessus. Nous avons quitté le Liban, et voil que le Hezbollah nous lance des missiles Qassam. Comment peut-on alors quitter la Cisjordanie? » Le gouvernement israélien a pris ces décisions de façon unilatérale sans aucune négociation de paix avec la partie adverse. C’est pourquoi, pour les activistes Israéliens, il devient plus difficile d'expliquer le retrait d'Israël en Cisjordanie sans ajouter un « oui, mais ». Plus que jamais, les activistes Israéliens ont besoin d'être écoutés par la communauté internationale qui, elle, a les moyens de donner suite l'appel de ces personnes qui militent pour la paix.


