Un soldat nommé « Shalom »
On ne peut pas s’habituer aux check points. C’est un passage obligé qui, à chaque fois, réveille un sentiment oppressant d’emprisonnement et d’injustice.
Je suis toujours très intriguée par ces jeunes soldats qui accomplissent leur tache avec une grande discipline. J’ai fait la connaissance de l’un d’entre les nombreux soldats qui stationnent au check point à l’entrée de Bethléem. Il s’appelle Shalom, un prénom qui s’adapte difficilement à son rôle actuel.
Shalom est un jeune homme d’à peine 19 ans. Quand je m’approche de lui pour lui parler, je me rends compte que derrière cette énorme façade, derrière son lourd uniforme, se cache un visage d’enfant. Un enfant qui a juste arrêté de jouer aux petits soldats pour en devenir un. Un vrai.
Shalom, qui au début garde sa distance, s’approche et me demande la raison de ma présence. Je lui explique, et dès que je prononce le mot « France » son visage s’illumine et il me cite immédiatement le nom de Zinedine Zidane ! Enfin, on a trouvé un terrain d’entente. La glace est rompue et nous discutons pendant une bonne demi-heure. Merci Zizou.
Shalom me raconte sa jeune vie, son parcours forcé à l’armée, ses projets pour le futur. Depuis 7 semaines en Terre Sainte, c’est la première fois que j’entends un jeune parler du futur. Il a du mal à répondre à mes questions ; tout en ayant très envie de discuter, il y a des limites que probablement il ne peut pas franchir. Il est étonné du fait que je sois en Palestine (il ne prononcera jamais le mot Palestine), pourquoi ne pas choisir Israël. C’est bien plus sécurisé. J’ose lui répondre qu’en Palestine je me sens en sécurité. Certes, c’est une situation difficile, mais j’ai confiance. « Ce n’est pas facile, les journées sont longues et on ne comprend pas toujours ce qui se passe autour de nous » me dit-il, en faisant bien attention aux gens et aux autres soldats qui ne sont pas loin. « Parfois, j’ai du mal à suivre, mais je respecte les ordres. J’ai hâte que ça se termine ».
« C’est obligatoire, ça fait partie des devoirs de chaque Israélien et de chaque Israélienne de servir son pays pendant deux ans de sa vie. C’est très difficile pour ceux qui décident de « déserter », on est vite jugé et c’est un poids trop lourd à supporter vis-à-vis de la famille, des amis, des gens qui nous entourent. On est vite considéré comme un traître et c’est quelque chose que je ne pourrais jamais supporter ».
Mais que pense-t-il, Shalom, de la situation ? Comment se sent-il face à des hommes trois fois plus âgés que lui qui dépendent de sa volonté pour pouvoir rentrer chez eux ou bien aller travailler ?
Shalom me dit qu’il souhaite la paix dans son pays, qu’il espère la création de deux états voisins mais autonomes, qu’il en a marre des armes et de la violence. Bien sûr, il a du mal à concevoir les palestiniens comme ayant les mêmes droits, mais il m’avoue avoir lié des pseudos relations avec certains, ceux qui ont le privilège d’avoir un permis de trois mois pour se rendre a Jérusalem.
Shalom a été obligé d’arrêter notre conversation. On l’a rappelé à l’ordre. On est encore loin de la paix, on ressent une telle tension dans ce pays.
Mais cette rencontre m’a montré que construire des bases nouvelles reste un challenge possible, fragile mais possible. Ces jeunes gens sont liés a un système qui souvent les dépasse mais certains parmi eux, comme Shalom, croient tout de même à la paix, même si cela peut apparaître complètement contradictoire lorsque ce souhait sort de la bouche de quelqu’un armé de la tête aux pieds. Et il faut continuer à donner une chance à la paix, car elle se cache parfois dans un coin d’un check point.
Carola Cameran


