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11.06.04 00:00 Il y a: 4 yrs

Carnet de route n° 10: "Entendre le cri des victimes"

Categorie: Personal reflections

Auteur : Pasteur Gilbert Charbonnier

 

Dixième semaine – 11 juin 2004



Entendre le cri des victimes

 

Dans le conflit actuel, la sécurité de la population israélienne a un prix; la population palestinienne paie un lourd tribut souvent ignoré par les médias internationaux. Arrestations : 9000 palestiniens sont actuellement détenus, souvent sans procédure judiciaire, suivant un mandat de dépôt valable six mois, et renouvelable indéfiniment. Tortures : un rapport autorisé estime à 85 % les cas de tortures parmi les personnes arrêtées. Camps de réfugiés : 27 % de la population vit dans des camps de réfugiés dans les Territoires occupés, et 53 % dans la bande de Gaza. Si l’on y ajoute les camps situés en Jordanie, Liban et Syrie, nous avons 1 200 000 personnes, réparties en 59 camps. Vie familiale rendue impossible : l’un des conjoints ayant la nationalité israélienne, et son emploi (chose rare) en Israël, tandis que l’autre, relevant de l’autorité palestinienne, ne peut résider en Israël. Et le " Mur ": Les revenus des agriculteurs sont dramatiquement compromis. Les emplois occupés par les Palestiniens en Israël ont été perdus, soit par manque de permis, soit parce que les formalités de passage à travers les postes de contrôle sont si aléatoires qu’aucune ponctualité n’est possible aux employés. Faute de revenus, les jeunes ne peuvent poursuivre des études supérieures. Une centaine sont dans ce cas dans le seul village de Jayyous. Blocage économique et humain d’une population dont la jeunesse, à en croire les confidences glanées ici ou là, a pour rêve unanime de partir quelque part à l’étranger pour y travailler, et vivre normalement de son travail. Mais où ? Et n’est-ce pas exactement ce que recherche la politique israélienne ? …



Ces considérations générales peuvent alimenter de riches débats militants. Mails il faut bien se dire qu’elles concernent des hommes, des femmes et des jeunes en chair et en os, qui souffrent dans leur corps et dans leur vie quotidienne. C’est à ce modeste niveau de l’humain qu’il convient de se situer. Trois exemples :



Je viens de visiter, à Ramallah, le Centre de traitement et de réhabilitation pour les victimes de tortures. Organisation non gouvernementale qui emploie 28 personnes dont 8 psychologues et 9 travailleurs sociaux. Comme indiqué plus haut, les tortures sont générales dans le système répressif. Coups, privations de nourriture, ou de sommeil, suffocations diverses, températures extrêmes, supplice de la chaise basse dont le plateau est incliné de 70°, etc.… Les personnes qui passent par là ont besoin d’un débriefing - pas facile à réaliser - comme d’une thérapie à plus long terme. La torture s’étend aussi aux enfants soit par les mauvais traitements qu’ils subissent eux-mêmes (jambes ligotées avec des cordes de plastique ; yeux bandés ; détention avec des prisonniers criminels adultes, etc.), soit parce qu’ils sont témoins des conditions très musclées de l’arrestation de leurs parents. Et le médecin de conclure : Ne vous étonnez pas ! s’ils deviennent les " bombes suicides " de demain. - L’équipe soignante est émouvante à entendre et à voir, si convaincue de ce qu’elle fait, si professionnelle et si dynamique. En effet, un peu comme les personnes alcooliques, les victimes de tortures se cachent. Il faut aller les chercher, pratiquer la méthode de la main tendue. Loin de rester dans leurs bureaux ou leurs cabinets d’entretiens, l’équipe va à leur rencontre, autour de nouveaux sites d’accueil et de rencontre à Hébron, au Sud, ou a Jénine, au Nord. Le travail est immense. Il y a seulement une dizaine de psychiatres pour toute la Palestine. Estime et admiration pour un travail médical aussi discret que courageux.



Au début de la semaine, notre équipe a assisté à une réunion d’une antenne de la Cour de Justice militaire israélienne. Elle s’est tenue en plein air, sous un olivier, sur les lieux mêmes de la porte de la Barrière de Séparation, à la demande des autorités municipales du village. Une heure et demi de débats autour d’un juge en tenue estivale, apparemment très humain, avec la participation d’avocats du coté du village (3 jeunes femmes très au fait des problèmes et de leurs aspects juridiques), et du coté militaire (un officier en uniforme). Hébreu, arabe, anglais furent les langues du débat. Enjeu : Quelles doléances ? Quelles améliorations apporter à la vie des paysans sans compromettre les impératifs de sécurité ? - Verdict peut-être dans 2 ou 3 semaines. Espoirs …





Pour finir, un extrait du journal hebdomadaire (N° 171) de la paroisse de Jérusalem de l’Eglise (presbytérienne-réformée) d’Ecosse : " Lundi 31 mai : … Par 2 fois, Helen Shehadeh est allée au bureau de l’Armée israélienne de son secteur de Bethléem (territoire palestinien), pour demander le renouvellement de son permis. . . sans résultat. On lui a refusé son permis. Plus de papiers, plus de lettres, plus de renseignements lui ont été demandés par les militaires de service… Helen est aveugle ; membre de la paroisse de l’Eglise d’Ecosse depuis 1981 ; Conseillère presbytérale depuis 1991…Quel motif peut bien permettre de refuser un permis à une femme aveugle, afin de se rendre au culte dominical dans son église (territoire israélien)? …Bien sûr, empêcher Helen de venir au culte n’est pas un acte anti-chrétien, c’est seulement une mesure anti-terroriste. Rappelez-vous, quand elle a été " commissaire " au Synode général 2003 de notre Eglise (en Ecosse) : Le type même du terroriste ! Peut-être qu’une question adressée à l’ambassade israélienne de votre pays aurait quelque résultat. " (Rev. Clarence Musgrave, e-mail : stachjer@netvision.net.il). Pourquoi pas à Paris ?