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Susiya – Un petit village palestinien qui résiste encore et toujours à l’envahisseur

30.07.09

Auteur : Joelle, EA in Hebron/Yanoun

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Quelques tentes du village de Susiya. Photos par Joelle/EAPPI.

Une partie de foot EAPPI vs Susiya.

Un villageois en confrontation avec l’armée. Les soldats lui expliquent qu’il s’est trop approché de la colonie avec son troupeau de moutons.

Même les enfants savent traire!

Une nuit de juin, à 4 heures du matin, Yahia, Abed et Ibrahim dorment tranquillement dans l’une des tentes de Susiya, un village situé dans les collines au Sud d’Hébron, lorsqu’ils sont réveillés par une soudaine sensation de chaleur et une vague odeur de fumée. Ils se rendent vite compte qu’un coin de toile est en feu et que celui-ci s’étend petit à petit aux matelas et aux couvertures. Ils arrivent à sortir de la tente et à éteindre le sinistre avec l’aide d’autres villageois. Bien qu’ils n’aient vu personne distinctement, ils savent très bien qui est à l’origine de ce feu : « C’est un coup des colons, il n’y a pas de doute », m’explique Yahia par téléphone.

 

A 5 heures du matin, les trois jeunes hommes se rendent au poste de police israélien de Qyriat Arba, près d’Hébron : « On a fait notre déposition, mais la police ne va pas nous aider. Cette histoire est terminée », poursuit Yahia.

 

C’est classique… La police classe l’affaire sous prétexte qu’il n’existe aucune preuve contre qui que ce soit alors qu’en 2001, lorsqu’un colon qui vivait près de Susiya est tué, tous les Palestiniens du village sont violemment expulsés de leurs habitations et un grand nombre d’entre eux sont arrêtés… sans qu’il n’existe aucune preuve contre qui que ce soit !

  

L’événement de cette nuit de juin est loin d’être isolé. Depuis le début des années 80, lorsque les premiers colons s’établissent dans la région, les habitants de Susiya font régulièrement face à ce genre d’actes criminels et autres formes de violence.

  

Un village sous tension depuis des années 

Aux alentours de 1830, de nombreuses familles palestiniennes vivant dans des villages au Sud d’Hébron sont frappées par la pauvreté et sont forcées de quitter leur maison. Elles achètent alors des terres dans les environs et y construisent des grottes dans lesquelles elles vivent été comme hiver. Ces familles développent un mode de vie particulier essentiellement basé sur l’agriculture et l’élevage de moutons, que les générations suivantes vont perpétuer.

  

L’occupation progressive de la Cisjordanie par Israël dès 1967 a malheureusement des conséquences fâcheuses pour les villageois de Susiya : le gouvernement israélien leur confisque leurs terres petit à petit afin d’y établir des bases militaires et des zones d’entraînement pour l’armée puis, au début des années 1980, les premières colonies.

  

En 1985, l’armée israélienne prend le contrôle d’un site « prétendument » archéologique qui abriterait  les restes d’une synagogue très ancienne. Le gouvernement israélien décide d’en faire un parc national, ce qui provoque l’expulsion d’une soixantaine de familles palestiniennes vivant dans des grottes aux alentours du site. Ne sachant trop où aller, ces familles n’ont d’autre choix que de s’établir dans une zone à 500m de la colonie la plus proche. C’est alors que commence une longue série d’expulsions, de destructions d’habitats et d’agressions à l’encontre des Palestiniens.

  

La stratégie du gouvernement israélien, relayée par les colons, est claire : il s’agit de vider toute cette région de sa population palestinienne en « grignotant » progressivement ses terres et en multipliant les persécutions à son égard.

  

La plus importante des expulsions a lieu en juillet 2001, suite à la mort d’un colon près de Susiya. Elle s’accompagne de nombreuses arrestations et de la démolition de la plupart des grottes du village. Par-dessus le marché, l’armée israélienne interdit formellement aux villageois déplacés de reconstruire leurs habitations. Malgré la pression exercée par des groupes d’activistes israéliens et le soutien du Comité International de la Croix Rouge, les habitants de Susiya ne sont pas en mesure d’infléchir cette décision auprès des tribunaux israéliens et sont désormais contraints à vivre dans des tentes.

  

Aujourd’hui, malgré ses airs de camp de réfugiés, le village de Susiya est bien structuré et organisé. Pourtant, les quelques familles qui y vivent espèrent toujours pouvoir y construire, à terme, des structures permanentes.

  

« Barcelona or Manchester» ?!

Comme chaque samedi matin, je prends le petit déjeuner avec la famille de Yahia. Ils sont onze (les parents et neuf enfants) à vivre dans l’une des rares grottes qui n’a pas été détruite par l’armée israélienne ou les colons. Il fait sombre à l’intérieur et il y règne une forte odeur de chèvre … J’ai mis du temps à m’y habituer mais j’y suis finalement arrivée. Et puis ils ont réussi à me convaincre que « ce qui est bien là-dedans c’est qu’il fait chaud en hiver et frais en été ».

  

Kusai (11 ans) et sa sœur Wafa (12 ans) me tirent par le bras : « Play football ? » Oh… « Chwaye, un peu ». J’essaie de leur expliquer que je n’ai pas franchement la passion du foot mais il est trop tard, me voilà déjà avec un ballon aux pieds. Heureusement, mes deux footballeurs de collègues me sauvent la mise… pour cette fois ! Kusai coure vers eux : « Barcelona or Manchester » ? Mercredi prochain, c’est la finale de la Ligue des champions et tout le monde ne parle que de ça ! Quelques autres enfants nous rejoignent et le jeu peut commencer.

  

Le football est un langage universel. Je parle anglais, tu parles arabe, on parle football. Non seulement parce que Cristiano Ronaldo se prononce de la même manière dans toutes les langues mais aussi parce que ce sport déclenche des passions communes. Pourquoi, je n’en sais rien… Ce qui est sûr c’est que je n’oublierai jamais les rires qu’on a partagés sur et autour de ce terrain sablonneux et caillouteux, auquel on a d’ailleurs eu bien du mal à s’habituer !

  

Paradoxalement, le football peut aussi être considéré comme un sport pacifique, vecteur de tolérance. Oublions un instant les hooligans, les comportements racistes, les montants scandaleux de certains transferts...

  

Playing for peace, c’est l’appellation non officielle de l’équipe de football junior de Susiya. Elle regroupe une trentaine d’enfants de moins de 15 ans, garçons et filles, qui s’entraînent généralement le samedi matin. Yahia, 22 ans, est leur coach : « L’année passée, on a été invité par un club de Tel Aviv. On n’a pas joué contre les enfants israéliens mais avec eux, on a mélangé les équipes. C’était vraiment chouette. Attends… je vais te montrer des photos ». Sur ces photos, des enfants qui jouent au foot, mais aussi et surtout des gosses s’amusant sur un bateau. Et la mer. Yahia poursuit : « La plupart d’entre eux voyaient la mer pour la première fois. Moi aussi, d’ailleurs ! ». Cette année, l’équipe est invitée par un club de Netanya, une station balnéaire au nord de Tel Aviv. Yahia se marre en regardant les enfants : «  Bon… Il y a encore du boulot » !

  

Dessine moi un mouton (et laisse le paître) 

A Susiya, lorsqu’on ne joue pas au football et qu’on ne boit pas le thé avec les villageois, on accompagne les bergers et leurs moutons dans les champs. Le village de Susiya se situant en « Zone C », c'est-à-dire sous contrôle israélien total, les confrontations entre ces bergers et l’armée sont fréquentes. Les deux soldats postés sur la colline surplombant le village accourent dès qu’un troupeau s’approche. Jamal en a fait l’expérience un millier de fois : «Ils me crient dessus et m’ordonnent de m’en aller, parce que je suis soi-disant trop près de la colonie. Je leur réponds que ce sont mes terres, mais ils s’en fichent. Le problème c’est que je ne sais plus où emmener les moutons, bientôt il n’y aura plus assez à manger pour eux ici ». Un jour, j’ai essayé de parler à l’un des soldats, mais c’est mission impossible : « Si tu me dis que tu agis comme ça parce que tu a des ordres à suivre, je comprendrais » finis-je par lui dire. « Ce n’est pas le problème. Tu ne sais pas de quoi tu parles. Ce ne sont pas ses terres à lui, ses terres appartiennent à Israël », me répond cette jeune fille d’à peine 20 ans. A quoi bon insister ?

  

A terme, si les bergers ne peuvent plus accéder à leurs terres pour y faire paître leurs moutons, cette activité risque bien de disparaître. Raison pour laquelle de plus en plus de jeunes de Susiya tentent de trouver du travail à Yatta, la ville palestinienne la plus proche ou, pour ceux qui n’ont pas peur de travailler au noir, en Israël… qui est à moins de 10 km, après tout.

  

A la belle étoile… 

Les soirées à Susiya sont assez magiques : des couchers de soleil splendides, le ciel étoilé… On mange avec les familles du village, on joue aux cartes, on discute, on pratique nos deux ou trois phrases d’arabe. On s’amuse même sur Facebook lorsque, ô comble de l’ironie, la connexion sans fil de la colonie voisine le permet.

 

En plein été, quand il fait trop chaud sous la tente (ou lorsque celle-ci a été incendiée…) c’est agréable de dormir dehors, sous les étoiles. J’ai l’impression d’être en camping, j’oublie un instant que je me trouve entre une colonie et une base militaire, qu’une patrouille de soldats ou une bande de colons peut surgir à tout moment…

  

Un matin d’avril, les habitants de Susiya se sont réveillés et ont constaté qu’une caravane avait fait son apparition pendant la nuit, à environ 200 mètres du village. Ce genre d’avant-postes établis illégalement par les colons se multiplient de manière effrayante dans les collines au Sud d’Hébron. Ils sont aussi la preuve qu’il y a encore un chemin immense à parcourir avant que l’on puisse réellement parler de gel des colonies qui, à l’heure actuelle, continuent à pousser comme des champignons. Pour les habitants de Susiya, l’apparition de nouveaux avant-postes et autres structures destinées aux colons prédit davantage d’expropriation de terres et de persécutions.

  

Je ne suis pas particulièrement superstitieuse mais je me dis que si j’aperçois une étoile filante lors de ma prochaine et dernière nuit à Susiya, je devrais peut-être essayer de faire un vœu. Le vœu que lorsque je reviendrai ici, dans quelques années, la caravane postée près du village n’ait pas donné naissance à une nouvelle colonie. Et aussi le vœu que les tentes se soient transformées en véritables maisons.

  

Sait-on jamais !

 

  

Informations tirées du rapport Susiya Village : 5th Demolition Looming, 30th June 2007 par Christian Peacemaker Team (CPT)

 

 

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