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Au pied du mur

1.11.07

Auteur : Marc Juillard, Swiss EA

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A peine quittons-nous la route principale pour prendre le chemin d’accès qui mène à la ferme qu’une fumée désagréable nous pique les narines : elle provient de la fabrique de produits chimiques tout proche. Après avoir longé le mur de séparation sur cinq cents mètres, nous apercevons Fayyez au milieu de ses serres. Il nous reçoit chaleureusement, comme de coutume en Palestine.

 

En 1986, quand lui et sa femme, Mona, ont commencé à travailler cette terre pour produire des légumes, le domaine faisait trente-deux Dunums  (un Dunum fait un kilomètre carré). Aujourd’hui, il n’en fait plus que douze. Les vingt autres ont été avalés par le serpent en béton armé: le mur de sécurité censé protéger Israël et construit en grande partie sur le sol palestinien. La longueur de la frontière fait en réalité trois cent cinquante kilomètres, le mur, une fois terminé, en fera sept cent cinquante. Les méandres de l’édifice englobent un grand nombre de colonies israéliennes implantées illégalement dans les territoires occupés. Fayyez refuse toute compensation financière pour ses terres perdues car cela équivaudrait à reconnaître la légitimité de cet acte d’expropriation. Aujourd’hui, il n’est pas facile de faire vivre une famille de six personnes avec une exploitation de cette taille. Les serres permettent d’intensifier la production mais elles ont aussi une autre fonction: protéger les légumes des fumées dangereuses déversées par les deux cheminées de la fabrique Ghesuri. Cet industriel israélien exploitait dans les années quatre-vingts une fabrique identique dans la région de Netanya, en Israël. Suite au dépôt d’une plainte de la population de cette ville, Monsieur Geshuri s’est vu retiré son permis d’exploitation. Il s’est alors déplacé à Tulkarem, dans les territoires occupés, sur une ancienne voie de chemin de fer désaffectée, libre de droits. Les conditions de production n’ont pas été améliorées et la pollution de l’air et de l’eau demeure problématique pour la population locale, aujourd’hui palestinienne. Fayyez et Mona sont fières des études universitaires de leur fille Kathia. Leur fils aîné souhaiterait  suivre le même chemin mais actuellement les moyens financiers de la famille ne le permettent pas. Il devra attendre la fin des études de sa sœur ou une éclaircie budgétaire.

 

Tulkarem, Palestine, territoires occupés

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