LETTRE n° 2, "Hébron, porte du paradis ?"
Que mes professeurs d’Ancien Testament me pardonnent, j’ai dû bien mal les écouter à l’époque de mes lointaines études… non je ne me rappelais pas qu’Adam et Eve étaient enterrés à Hébron, sous Abraham et Sarah… et je ne me souviens pas non plus qu’on m’ait dit pourquoi il y avait ici Jacob et Léa mais pas Rachel qui est pourtant la préférée…
Je suis effrayée par ce fondamentalisme ambiant vis-à-vis duquel personne n’a rien à envier à personne. Hébron ? plutôt porte de l’enfer, de cet enfer qu’on dit parfois «pavé de bonnes intentions».
Justement les «pavés» sont arrachés par les uns et les autres, lancés, en batailles rangées ou au petit bonheur la chance. Sur les personnes, à travers les vitres de leurs maisons, sur les filets de protection qui séparent vieille ville d’Hébron et colonie…
Que faire «au nom de nos pères» ? les mettre à la place du «Père» ? afin de pouvoir, en toute tranquillité casser les pères des autres ? J’ai le tort sans doute de savoir déchiffrer les inscriptions en hébreu, pas encore celles en arabe. Mais pour faire bonne mesure (si l’on peut se permettre une telle expression), si j’ai déchiffré Jérémie 32.41, «Je prendrai plaisir à leur faire du bien, et je les planterai véritablement dans ce pays, de tout mon cœur et de toute mon âme» sur une banderole de «Beth ha shalom» maison occupée par des colons juifs, j’ai aussi vu des portraits de Saddam Hussein au siège d’une association palestinienne qui se réclame pourtant de la non-violence (Palestine Solidarity Project vient en aide aux étudiants en difficulté, organise des manifestations pour bouger les blocs de béton qui barrent des routes, plante des oliviers…).
«Shalom Archav» (la paix maintenant, association qui milite pour l’aboutissement d’accords qui permettront la cohabitation pacifique de deux états, on peut signer une pétition à ce sujet sur leur site), a publié un ouvrage qui explique l’insidieux tracé des implantations nouvelles israéliennes (je n’aime pas trop le terme de colonies, vocabulaire qui porte à confusion dans la mémoire historique française). En exergue de ce livre, cet extrait du Talmud Babli, Erubin 53b : «Josué ben Hananiah dit : Je n’ai jamais été pris au dépourvu de toute ma vie, sauf par une femme, un jeune garçon et une petite fille… Un jour je voyageais sur une route et, voyant un chemin de terre battue traversant une prairie, je l’ai emprunté. Une petite fille me dit : Rabbi ! n’es-tu pas en train de traverser une prairie ? Je répondis : n’est-ce pas un chemin de terre battue ? Et elle répondit : oui, des brigands comme toi en ont fait un chemin de terre battue.»
Pour poursuivre sur les citations sorties de leur contexte et utilisées pour servir une cause plutôt que l’édification du plus grand nombre, j’ai été frappée ces temps derniers par quelques textes de nos listes de lectures bibliques. Elles ont sonné comme un étrange écho avec ce que je vis quotidiennement.
Il y a eu le psaume du 12 octobre, 58.7 : «ô Dieu brise-leur les dents dans la bouche…» Est-ce après avoir lu ce verset qu’une femme de l’implantation Beth Hadassah a cassé les dents d’un enfant palestinien sur le chemin de l’école à coups de pierre ?
Il y a eu 2 Rois 5.17 (le 14 octobre) : «permets que l’on donne de la terre à ton serviteur…» La terre ? Quelle importance ? Dieu se soucie-t-il d’être loué sur cette terre plutôt que sur une autre ? Comme le dit une jeune fille israélienne : «Kiryat Arba a été créé pour qu'ils puissent habiter près des tombeaux des patriarches. Aucun tombeau d'ancêtre ne justifie une tombe de soldat.»
Précautions
Je travaille pour la Fédération protestante de France en tant qu’accompagnatrice œcuménique, pour le Conseil Œcuménique des Eglises dans le cadre du Programme d’Accompagnement Œcuménique en Palestine et Israël (EAPPI). Les points de vue exprimés ici sont personnels et ne reflètent pas nécessairement ceux de mon employeur ou du COE. Si vous souhaitez publier les informations contenues dans cet article ou les faire suivre, veuillez d’abord contacter la coordination EAPPI (eappi-pc (at) jrol.com) pour obtenir l’autorisation. Merci.


