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Les routes interdites

9.05.05

Auteur : Carola Cameran

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Dimanche 8 mai 2005. L’association islamo-chrétienne « Arabic Education Institut, AEI » nous invite à nous joindre à eux pour une sortie dans le village de Makmus, à 20 kms au nord de Bethléem

 

Cette association a pour but de promouvoir des actions non-violentes pour la paix en Israël et Palestine grâce au dialogue, à l’apprentissage et à la rencontre entre chrétiens et musulmans. Plusieurs groupes de travail sont proposés aux membres de l’association, mais les groupes de jeunes et des femmes attirent le plus de participants.

L’AEI a donc organisé pour ce dimanche une rencontre pour les élèves de trois collèges différents (l’école luthérienne de Ramallah, l’école évangélique épiscopale de Ramallah et l’école Dar Al Kalima de Bethléem) dans le village de Makmus (Emmaüs). A noter que pour tous ces jeunes, il s’agit de la première sortie -hors de leur ville- depuis le début de la deuxième Intifada. Le thème de la rencontre « un projet de voyage pédagogique islamo-chrétien » dont les objectifs sont les suivants : sortir les jeunes de leur « zone », profiter de la « Terre Sainte », se promener et discuter, jouer, échanger des expériences, partager un repas.

Le rendez-vous est à 7 h du matin et, malgré tous les préjugés interculturels, le groupe de Bethléem est à l’heure. C’est un bus de jeunes collégiens comme partout dans le monde, des jeunes qui rient, qui s’amusent, qui écoutent de la musique et qui mangent des chips en voyageant. Mais c’est une normalité apparente, car ces mêmes jeunes seront rapidement confrontés à la réalité des check points, des contrôles d’identités et des attentes interminables pour savoir si oui ou non, ils obtiendront la permission de passer. Ce qu’il faut absolument savoir, c’est que le voyage ne touche que le territoire palestinien, donc on ne passe pas par Israël.

Au premier check point, on baisse la musique et on se tait. Deux militaires armés de mitraillettes montent dans le bus. Ils demandent au professeur responsable du groupe ce que ces jeunes font, ce qu’ils veulent, pourquoi ce voyage, où est ce qu’ils se rendent, s’il s’agit de chrétiens ou de musulmans. Monsieur Fouad, le responsable, répond gentiment à toutes les questions, précisant qu’il s’agit d’élèves chrétiens et musulmans. La réponse pose problème, « ça aurait été préférable qu’il s’agisse uniquement d’élèves chrétiens », dit le premier militaire alors que le second passe entre les sièges du bus pour vérifier l’identité de chaque voyageur. Des jeunes collégiens descendent du bus car les soldats ont des doutes sur leur âge. Après une bonne dizaine de minutes de vérification, le bus peut repartir. Il paraît que d’habitude c’est bien plus pénible, mais la présence de trois accompagnateurs œcuméniques internationaux dans le bus a rendu les choses plus faciles. Petite joie de la journée. Passé le check point, les jeunes reprennent leurs chansons, leurs rires et leurs histoires communes de teenagers palestiniens.

Mais voilà qu’une petite demi-heure après, un autre obstacle à l’horizon : cette fois ci, il s’agit d’un « Fly check point », c’est-à-dire un check point improvisé au milieu d’une route palestinienne. Re-contrôle, re-vérification, re-mitraillette pointée. Mais cette fois-ci, c’est rapide et les militaires laissent passer le bus sans poser trop de questions. Le bus reprend sa route.

Et comme on dit en italien « non c’é due senza tre », deux jeeps de l’armés israélienne font barrage et le bus fait marche arrière pour cherche un autre chemin. Mais personne n’a l’air de se plaindre, c’est ça qui est absolument fascinant dans cette histoire : les jeunes, les professeurs, les accompagnateurs ont l’air de prendre tous ces obstacles à leur liberté de mouvement avec la plus grande dignité et surtout avec beaucoup de patience. « Qu’est ce qu’on peut faire contre ça ? Rien. Juste espérer ». Voilà ce que j’entendrai le plus souvent tout au cours de ce voyage de 20 kms en deux heures trente.

 

 

Carola Camera

 

 

 

Littéralement « il n’y a pas de deux sans trois »

 

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