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Marche arrière

7.06.05

Auteur : Carola Cameran

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Une marche en arrière

 

Dans le cadre du programme EAPPI en Palestine, nous visitons toutes les équipes présentes. Actuellement, il y a 7 sites où les accompagnateurs œcuméniques travaillent : Jérusalem, Bethléem, Ramallah, Yanoun, Jayyous, Tulkarem et Hébron. Il est important de voir la situation dans tous ces sites car chaque ville représente une facette différente du conflit en Israël et Palestine. J’ai décidé de partir à Hébron.

 

Un peu d’histoire

Dans le passé, Juifs et Musulmans coexistaient en paix dans la ville d’Hébron. Les deux communautés partageaient des rites sociaux, ils avaient des relations commerciales et les chefs étaient respectés par les deux communautés. Le conseil municipal était composé de membres Juifs et Musulmans. Le respect était à la base de cette coexistence. La ville d’Hébron - qui représente encore aujourd’hui un des lieux les plus « sacrés » pour le Judaïsme et pour l’Islam – vit sous l’occupation de l’Etat d’Israël depuis 1967. Hébron a d’ailleurs été l’une des premières colonies israéliennes dans la West Bank. Aujourd’hui, 500 colons vivent dans les 4 colonies au cœur de la vieille ville d’Hébron. 4 000 soldats y sont placés pour assurer la sécurité. La population palestinienne dans la municipalité d’Hébron inclut 150 000 habitants.

 

La peur d’aller à l’école

Me voilà à Hébron. Mes collègues scandinaves qui ont été placés ici, guident mes premiers pas. Ma mission – qui est la tache quotidienne de l’équipe d’Hébron – consiste à accompagner un groupe de jeunes filles palestiniennes à l’école. Cela pourrait paraître facile. Mais voilà la difficulté et surtout la gravité de cette mission : ces jeunes filles habitent dans la vieille ville juste en face d’un immeuble israélien. Dans un idéal pacifiste, on pourrait s’imaginer que cela ne pose aucun problème. Malheureusement, on est très loin, dramatiquement loin de cet idéal, dans la vieille ville d’Hébron.

Ces jeunes filles parcourent le chemin de l’école dans la peur d’être visées une fois de plus par les pierres et les cailloux des jeunes colons, sans parler des injures verbales qui, sans blesser physiquement, blessent au plus profond de tout être humain qui en est victime. Mon rôle donc est de les accompagner pour réduire le risque. Je me retrouve dans une situation irréelle, je marche rapidement à coté des filles, nous passons ensemble une sorte de barrage militaire avant de prendre la rue principale qui mène à l’école. Une rue déserte.

En bas des marches de l’école, qui se trouve face à un autre immeuble israélien, c’est la dernière ligne droite : encore deux petites minutes et les filles seront dans la cour de cette minuscule école de filles. Je reste un moment avec elles, car c’est le jour de la répétition générale pour le spectacle de fin d’année et je suis très curieuse. Finalement, elles m’invitent à jouer avec elles au volley-ball : c’est très marrant, j’arrive à oublier la situation qui entoure l’école, qui entoure ces jeunes élèves qui semblent prendre la vie avec tant de courage.

 

Cibles vivantes

Dans le chemin de retour, voilà que les choses se gâtent : en bas des marches, elles sont attendues par un petit groupe de gamins-colons qui commencent à « viser » avant même de les laisser descendre. Je me retrouve donc visée aussi et je reçois des cailloux et des pierres aux jambes, aux fesses. Deux enseignantes palestiniennes qui descendent également la marche, m’appellent et me demandent de témoigner de cette violence gratuite. Je suis secouée, bouleversée, triste, abattue, énervée, je n’arrive pas à trouver un sens à ce que je viens de vivre. Encore une fois, j’ai le sentiment de ne rien pouvoir faire.

 

Je raccompagne les jeunes filles chez elles et au bout de la rue, juste en face de leur habitation et à côté des soldats, un groupe de quatre enfants entre 4 et 6 ans nous attend. Cette fois-ci, c’est moi surtout qu’ils visent.

Je reste immobile, je ne bouge pas, qu’est-ce qu’ils vont pouvoir me faire ? Il ne s’agit que d’enfants ! J’ai envie d’aller vers eux, de leur dire des mots d’amitié, de leur dire que ce n’est pas bien de jeter des pierres contre nos amis et nos voisins, j’ai envie de trouver avec eux une autre forme d’amusement, mon Dieu, il ne s’agit que d’enfants ! Mais les soldats m’empêchent de continuer, il faut que je fasse marche arrière.

Je suis si triste. Une tristesse si profonde qui m’empêche de retrouver mon sourire.

 

 

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