Tout le monde… n’en parle pas
Le temps ici ne passe pas de la même manière qu’en France. J’ai l’impression que le temps s’arrête constamment sur des images qui m’étaient jusqu’à hier inconnues. Parfois c’est comme quand on se frotte les yeux pour être sûr que ce que l’on voit est bien vrai. Depuis une semaine, mes yeux sont rouges, à force de les frotter !
Je suis installée dans une petite maison à Bethléem, à quelques minutes du mur de séparation et du principal check point qui coupe Bethléem de Jérusalem. Bien autre chose que mon appartement à Paris. Je partage la maison avec deux autres accompagnateurs œcuméniques, Heather, une londonienne, et Richard, d’Afrique du Sud. Nous avons chacun une chambre, ce qui n’est pas le cas pour toutes les équipes, donc nous sommes tous les trois très contents de ce « privilège ».
Nous avons passé quelques jours à la Maison d’Abraham, un centre d’hébergement du Secours Catholique, à Jérusalem Est. Le programme était un peu trop chargé mais très enrichissant : cours d’hébreu et d’arabe, formations sur les actions non-violentes, des conférences « à thème » surtout sur le mur, la destruction illégale des habitations palestiniennes et les mouvements pacifistes israélo-palestiniens. Nous avons également fait un tour touristique « alternatif » à Jérusalem (côté arménien, chrétien, juif et musulman) qui nous a permis de voir les sites historiques de cette ville magnifique.
Ce qui m’a le plus marquée a été une visite organisée par une femme pacifiste israélienne, membre de « The Israeli Commitee Against House demolition » autour de Jérusalem : un mélange de désespoir, d’impuissance, de tristesse et d’incrédulité que je n’arrive pas à enlever de ma tête. Un parcours autour du mur qui sépare Jérusalem et ses habitants, laissant derrière lui une désolation que je n’aurais jamais imaginée. Des images que, jusqu’à présent, j’avais vues uniquement à l’écran d’un cinéma ou en feuilletant un magazine.
Au retour de notre formation, les habitants de Bethléem nous ont très bien accueillis. Ils nous font bien comprendre que notre présence est plus qu’appréciée et je peux vous assurer que ces témoignages d’amitié donnent un véritable sens à cette aventure. Enfin, je sais pourquoi je suis là. La ville est inquiétante par son silence et elle manque de vivacité. Le mur de séparation, qui progresse comme un serpent autour de la ville de la Nativité, la rend incapable de « vivre » de ses propres moyens. La majorité des commerces ont dû fermer par manque de clientèle car le mur n’est certainement pas une attraction touristique !
A l’entrée de Bethléem, une fois franchi le mur, une file d’une vingtaine de taxis attend le prochain pèlerin de passage qui pourrait offrir la possibilité d’allumer leurs moteurs ; des marchands vous approchent pour vous vendre toutes sortes de souvenirs désormais démodés, et des jus d’orange pressée vous sont offerts pour seulement quelques shekels. Mais les gens gardent une sorte d’optimisme affiché, une expression sur leur visage qui rend compte de leur envie de croire qu’un jour, ils retrouveront leur vie d’autrefois. La vie continue, malgré le mur, les check points, les contrôles d’identité, la fermeture des magasins et malgré le fait que le monde semble les avoir oubliés.
Carola Cameran
ICAHD : organisation israélienne non-violente contre la destruction d’habitations palestiniennes.


